Combien coûte vraiment une commande saisie à la main ? Méthode de calcul et retour sur investissement
· Arno Heckel

Le coût réel d’une commande saisie à la main, c’est le temps complet de traitement (lecture, recherche des articles, vérifications, saisie, accusé de réception, échanges avec le client) multiplié par le coût horaire chargé de l’équipe, auquel on ajoute le coût des erreurs qui remontent jusqu’au client. La plupart des entreprises le sous-estiment parce qu’elles ne comptent que la frappe. La méthode ci-dessous permet de le calculer avec vos propres chiffres, puis d’en déduire le retour sur investissement d’une automatisation.
Ce que l’on oublie quand on parle de « saisie »
Demandez à une assistante ADV combien de temps lui prend une commande : elle pensera aux minutes passées à taper les lignes dans l’ERP. Suivez-la pendant une matinée, et vous verrez une tout autre chaîne de tâches :
- ouvrir l’e-mail, télécharger la pièce jointe, parfois la faire pivoter ou zoomer sur un scan ;
- identifier le bon compte (le client qui paie n’est pas toujours celui qui est livré) ;
- traduire les références du client en références internes, ou retrouver l’article à partir d’une désignation approximative ;
- vérifier le prix négocié, le stock, l’encours, le franco de port, le conditionnement ;
- saisir, puis envoyer l’accusé de réception ;
- répondre au client quand une ligne pose problème, et revenir sur la commande quand il répond.
À cela s’ajoutent les interruptions. Une commande de dix lignes reprise trois fois entre deux appels coûte bien plus que son temps de saisie. Dans un négoce de fournitures industrielles, une commande de réassort d’une ligne et une commande de chantier de quatre pages avec des références inconnues n’ont rien à voir. D’où l’intérêt de mesurer plutôt que d’estimer.
Étape 1 : mesurer le temps réel par commande
Choisissez une période représentative, sans pic exceptionnel, et chronométrez un échantillon de commandes du premier clic à l’accusé de réception. Quelques dizaines suffisent pour une première estimation.
Notez pour chacune :
- le format reçu (PDF, Excel, corps du mail, scan) ;
- le nombre de lignes ;
- le temps total, y compris les échanges avec le client ;
- les anomalies rencontrées (référence inconnue, prix différent, rupture).
Classez ensuite les commandes en deux ou trois familles (simples, standard, complexes). La moyenne pondérée de ces familles vous donne un temps moyen par commande bien plus fiable qu’une impression générale.
Étape 2 : calculer le coût horaire chargé
Le bon chiffre n’est pas le salaire brut, mais le coût employeur : salaire, charges patronales, primes, et éventuellement une quote-part de poste de travail et d’encadrement. Divisez-le par le nombre d’heures réellement travaillées dans l’année, hors congés, absences et réunions.
Coût horaire chargé = coût employeur annuel ÷ heures productives annuelles
Étape 3 : chiffrer les erreurs
Reprenez vos avoirs, vos retours et vos litiges des derniers mois, et isolez ceux qui viennent d’une erreur de saisie : mauvaise référence, quantité erronée, mauvaise adresse de livraison, prix non conforme au contrat. Pour chacun, estimez ce qu’il a coûté : temps passé à traiter la réclamation, transport retour et réexpédition, avoir ou geste commercial.
Coût annuel des erreurs = nombre d’erreurs par an × coût moyen d’une erreur
Étape 4 : lister les coûts indirects
Certains coûts sont plus difficiles à chiffrer, mais il faut au moins les nommer :
- le délai de confirmation, qui pèse face à un concurrent qui répond plus vite ;
- les heures supplémentaires et l’intérim pendant les pics ;
- le temps des commerciaux qui ressaisissent eux-mêmes les commandes de leurs clients ;
- la formation des nouveaux arrivants, qui doivent apprendre les particularités de chaque client.
Vous pouvez les garder hors du calcul pour rester prudent, et les présenter à part. Ils pèsent aussi dans le cost-to-serve de chaque client.
Un exemple chiffré, purement hypothétique
Les chiffres qui suivent sont inventés pour illustrer le calcul. Remplacez-les par vos propres mesures.
Prenons un distributeur de fournitures industrielles qui reçoit 40 commandes par jour par e-mail, sur 220 jours ouvrés, soit 8 800 commandes par an.
Temps direct. Supposons que l’échantillon donne un temps moyen de 12 minutes par commande, soit 0,2 heure. Sur l’année : 8 800 × 0,2 = 1 760 heures.
Coût horaire. Supposons un coût employeur annuel de 45 000 € pour 1 500 heures productives : 30 € de l’heure.
Coût du temps. 1 760 × 30 = 52 800 € par an, soit 6 € par commande.
Erreurs. Supposons qu’une commande sur 40 comporte une erreur qui remonte jusqu’au client, soit 220 erreurs par an, pour un coût moyen de 60 € chacune : 13 200 € par an.
Total. 52 800 + 13 200 = 66 000 € par an, soit 7,50 € par commande, hors coûts indirects.
Étape 5 : estimer le retour sur investissement
Automatiser ne ramène pas le temps à zéro. Les commandes conformes aux règles définies avec vous sont traitées automatiquement, et l’équipe ne garde que ce qui est signalé : un prix inhabituel, un article ambigu, un encours dépassé. Le calcul doit donc porter sur le temps qui reste, pas sur un idéal.
Poursuivons l’exemple hypothétique. Si le temps moyen passé par commande tombe de 12 à 3 minutes (il ne reste que les vérifications), l’entreprise récupère 9 minutes × 8 800 commandes = 1 320 heures, soit 39 600 €. Si l’on applique aux erreurs la baisse de 30 % des litiges liés à la saisie que nous constatons chez nos clients, on économise 13 200 × 30 % = 3 960 €. Le gain annuel brut atteint 43 560 €.
Il reste à le comparer au coût total de la solution, mise en place comprise :
ROI = (gain annuel − coût annuel de la solution) ÷ coût annuel de la solution
Délai de retour = coût de mise en place ÷ (gain mensuel − coût mensuel de la solution)
Dans cet exemple, toute solution dont le coût annuel reste nettement sous 43 560 € est rentable dès la première année. Pour valider vos propres hypothèses, le plus simple est de tester la lecture d’une de vos commandes, puis de mesurer le taux de commandes traitées sans intervention sur quelques semaines.
Les pièges classiques
- Ne compter que la frappe. C’est souvent la plus petite partie du temps.
- Supposer une automatisation totale dès le premier jour. Prévoyez un temps de vérification pour les commandes signalées, surtout au début.
- Oublier la qualité des données. Un catalogue plein de doublons ou des tarifs clients non tenus à jour ralentissent n’importe quelle solution.
- Transformer chaque heure gagnée en euros économisés. Le temps libéré n’a de valeur que s’il est réaffecté : absorber la croissance sans recruter, mieux suivre les clients, relancer les devis.
Sur notre page dédiée à la saisie des commandes, nous indiquons 3 heures gagnées par jour et par collaborateur ADV : un ordre de grandeur à comparer avec le résultat de votre propre calcul.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour saisir une commande à la main ?
Tout dépend du format, du nombre de lignes et de la qualité des références envoyées par le client. Un réassort d’une ligne prend quelques minutes, une commande de chantier avec des désignations libres peut prendre bien plus. Le seul chiffre fiable est celui que vous mesurez sur vos propres commandes.
Faut-il compter le salaire brut ou le coût employeur ?
Le coût employeur, divisé par les heures réellement travaillées. Prendre le salaire brut sur la base d’un temps plein théorique sous-estime nettement le coût horaire.
L’automatisation supprime-t-elle le contrôle humain ?
Non. Les commandes sont traitées selon des règles définies avec chaque client, et tout ce qui sort de ces règles est signalé à l’équipe. Vous choisissez ce qui part directement dans l’ERP et ce qui attend une validation.
Comment vérifier mes hypothèses avant de m’engager ?
Mesurez d’abord votre situation actuelle avec la méthode ci-dessus. Testez ensuite la solution sur vos vrais documents, y compris les plus difficiles, et comparez les temps avant et après sur une période représentative.
Vous voulez faire ce calcul avec vos propres commandes ?
Demandez une démo